Du métal, du bois, de la peinture et des kilomètres de cordage. Tout a été assemblé avec soin, assez de soin pour qu’un jour tout cela puisse filer tel l’alizé. Ce vent-là a fait plusieurs fois le tour de la planète, doublé le cap Horn, ramené du blé de l’autre bout du monde. Il « Passat » d’un océan à l’autre sans rien laisser derrière lui : la mer refermait chaque sillage à mesure qu’il le traçait. Des milliers de milles, et pas une trace.
Aujourd’hui, deux poteaux de béton le tiennent par le flanc. Autour de lui, tout continue de remuer. Les nuages filent au-dessus des vergues nues, les mâts de la marina oscillent, le drapeau frémit à la poupe, l’eau elle-même se ride un peu. Lui ne bouge plus. C’est le vent, désormais, qui vient le caresser.



