Photo avril 2026

·

Façades en noir et blanc de maisons bourgeoises Art Nouveau aux ornements sculptés, fenêtres cintrées et millésime visible.
© Imago Diebus

Depuis le début du 20e siècle, elles regardent. Des milliers de visages sont passés devant ces façades sculptées — pressés, rêveurs, amoureux, préoccupés. Elles ont toussé lorsque les voitures à manivelle ont passé dans la rue et maintenant, elles s’étouffent discrètement face aux SUV rutilants qui occupent tout le trottoir. Elles ont reçu quelques couches de peinture fraîche, comme on se refait une beauté pour oublier les rides.


Ces murs ont aussi absorbé l’écho des grands chapitres de l’histoire. Deux guerres mondiales ont traversé ces rues. Des familles entières ont vécu dans ces appartements. Certaines ont peut-être dû les quitter, valise à la main, sans jamais revenir. Certains ont fui. Après, d’autres sont arrivés. Des vies ont recommencé. Ces façades élégantes ont regardé tout cela.


Derrière ces fenêtres cintrées, combien de disputes murmurées, de manigances silencieuses, de deuils. Combien de fêtes, d’éclats de rire, de joies savourées ? La plupart de ceux qui ont foulé ce trottoir avec leurs soucis ou leurs peurs plein les poches n’existent plus pour le raconter. Ces bâtisses, elles, se taisent. Et c’est probablement mieux ainsi.